Travailler dans l’intérêt général
Nous devons tous nous attaquer aux problèmes d’ordre mondial et le thème central pour la communauté de l’IB – « Notre humanité : une réalité partagée » – favorise les débats et les actions positives, estime Sam Upton.
Nous devons développer de nouveaux instincts et de nouvelles politiques à travers le monde, et ce, pour que chacun de nous se considère tout d’abord comme un citoyen du monde, puis comme un citoyen national et, enfin, comme un citoyen local. Aujourd’hui, c'est tout le contraire. C’est pour ces deux raisons – le besoin de méthodologies nouvelles et originales, et d'un nouvel état d'esprit – que je trouve passionnante l'expérience dans laquelle se sont lancés certains établissements scolaires internationaux éminents. Peu de projets éducatifs méritent plus que ceux-là d’être soutenus.
Juillet 2007. Dans une grande salle de Chicago, aux États-Unis, se tient le discours-programme de la conférence organisée par la région Amérique du Nord et Caraïbe de l’IB. L’orateur est Jean-François Rischard, ancien vice-président de la Banque mondiale pour l’Europe et l’un des plus fervents défenseurs des changements mondiaux positifs. Son livre – Vingt défis pour la planète, vingt ans pour y faire face – présente une nouvelle approche des problèmes les plus importants et urgents du XXIe siècle, et on peut affirmer sans exagérer qu’il s’agit de l’un des ouvrages les plus influents de la décennie. Il ne fait aucun doute qu’il a contribué en grande partie au choix du travail entrepris dans les écoles du monde de l’IB de par le monde.
« Le livre de Rischard a exercé une influence considérable sur les établissements scolaires car ses idées et ses thèmes sont très accessibles », explique Boyd Roberts, directeur de projet pour le thème central de la communauté de l’IB. Toutes ses idées sont reliées les unes aux autres et au thème de l’humanité, ce qui constitue une base solide pour les débats organisés en classe.
Officiellement lancé en avril 2007 lors de l’assemblée générale annuelle de l’IB, le premier thème central pour la communauté de l’IB – « Notre humanité : une réalité partagée » – a été choisi en 2006 de façon à correspondre à la fois au 40e anniversaire de l’Année internationale des droits de l’homme et au 40e anniversaire de l’IB. Plus qu’une simple commémoration, ce thème est également relié à la phrase de présentation du profil de l’apprenant de l’IB suivante : « Tous les programmes de l’IB ont pour but de former des personnes sensibles à la réalité internationale, conscientes des liens qui unissent entre eux les humains, soucieuses de la responsabilité de chacun envers la planète et désireuses de contribuer à l’édification d’un monde meilleur et plus paisible. »
Une plateforme de partage
Le thème propose à l’IB et aux écoles du monde de l’IB un domaine sur lequel se concentrer durant trois ans. Il est représentatif des excellentes initiatives déjà prises par de nombreux établissements, et encourage et inspire de nouvelles activités qui seront organisées à la fois dans et en dehors de la classe. Plus important encore, ce thème peut provoquer des changements essentiels à petite échelle dans le monde entier et, une fois additionnés, ceux-ci peuvent faire une différence considérable face aux problèmes tels que ceux qui figurent dans Vingt défis pour la planète, vingt ans pour y faire face. Par tradition, les écoles du monde de l’IB ont toujours fortement mis l’accent sur la communauté et la connaissance d’autres cultures. L’introduction d’un thème ciblé traitant de problèmes clairement définis devrait cependant leur permettre de disposer d’une plateforme pour partager leurs initiatives et travailler ensemble pour une plus grande cause.
« L’intitulé du thème – “Notre humanité : une réalité partagée” – peut être interprété de différentes manières selon les personnes », explique Boyd Roberts. « C’est pourquoi nous avons orienté le thème vers un certain nombre de sujets, pour donner une meilleure idée et permettre une meilleure compréhension commune de ce qui est en jeu. » Ces six thématiques sont les suivantes : la pauvreté dans le monde, la paix et les conflits, l’éducation pour tous, les maladies infectieuses dans le monde, la fracture numérique et les inégalités dans l’accès aux technologies de l’information et de la communication, les catastrophes naturelles et les situations d’urgence. »
« Nous savons que certains établissements scolaires font déjà un travail considérable dans certains de ces domaines », poursuit Boyd. « Nous souhaitons qu’ils puissent partager leurs expériences et également nous aider à trouver des personnes susceptibles de contribuer à des plateformes telles qu'un forum en ligne. »
La puissance de la collaboration
Iain Sachdev, coordonnateur auprès des élèves de 15 à 16 ans de l’International School of Milan en Italie, est l’une de ces personnes. Il aide à organiser des conférences et d’autres événements pour le Global Issues Network, qui regroupe 60 établissements scolaires se réunissant chaque année pour s’informer sur des défis tels que la pauvreté ou le terrorisme. « Le réseau a été créé il y a quatre ans par un groupe d'enseignants au Luxembourg », explique-t-il. Ils invitaient des spécialistes d’un certain domaine à venir parler à leurs élèves, qui, à leur retour en classe, discutaient de ce qu’ils avaient appris. L’organisation a pris beaucoup d’ampleur et compte désormais des établissements dans le monde entier, du Moyen-Orient à l'Asie orientale. »
Bien que s’attaquer en classe à des problèmes constitue en soi une bonne façon de sensibiliser les élèves aux problèmes d’ordre mondial, certains d’entre eux ont apporté une dimension supplémentaire au thème en organisant des visites dans d’autres pays et en faisant directement l’expérience des effets dévastateurs de la pauvreté et de la maladie. St Helen’s School, un établissement de Northwood, au Royaume-Uni, insiste sur l’importance d’éveiller les consciences et de collecter des fonds pour mener des projets de développement dans des pays comme l’Ouganda ou le Malawi.
En plus d’inciter les élèves à comprendre les problèmes d’ordre mondial par le biais d’initiatives telles que des concours d’écriture et à s’impliquer dans des groupes de bénévoles, cet établissement leur offre également la possibilité d’aller observer des projets à l’étranger et de prendre activement part à leurs activités.
Il y a deux ans, Teesta Dey, âgée de 17 ans, a travaillé pendant une semaine dans une clinique spécialisée dans le VIH et le sida en Inde. Cela lui a permis de comprendre le mode de fonctionnement de ce projet et les problèmes de financement qu’il rencontre. Dès son retour au Royaume-Uni, elle a commencé à collecter des fonds. « En 2006, j’ai rassemblé tous les membres de l’établissement pour leur raconter ce que j’avais vu en Inde parce que je pensais que ça méritait d’être connu », explique-t-elle. « Leur réaction a été formidable. »
Un véritable changement
Teesta a poursuivi ses actions en organisant une représentation de la pièce Un inspecteur vous demande de J.B. Priestley. La vente des billets, le parrainage et les dons ont rapporté plus de 2 500 GBP, qui ont permis à un travailleur social d’apporter son aide à la clinique pendant deux ans. Non seulement l’élève a reçu un Diana Award, récompense décernée aux jeunes Britanniques qui aident à collecter des fonds à des fins caritatives, mais encore elle est devenue plus consciente du monde qui l’entoure et du rôle qu’elle peut y jouer.
« J’ai compris dès le début qu’il n’y avait pas que nous, que nous devions penser aux autres personnes », déclare-t-elle. « Cette expérience m’a permis de découvrir la quantité de soutien que peuvent s’apporter mutuellement les gens et leur volonté à aider la communauté au sens large. »
Cependant, lorsque les répercussions d'un conflit se font sentir au pas de la porte, les enseignants doivent faire appel à d’autres compétences. Namal Suganda Lokuge, enseignant d’anglais A1 à l’United World College Mostar, en Bosnie-Herzégovine, dispense le Programme du diplôme de l’IB depuis neuf ans. Il estime que la littérature est souvent l’élément déclencheur de discussions sur des problèmes et des événements d'ordre mondial. Compte tenu de la situation géographique de son établissement, il constate souvent que le conflit des Balkans est un sujet prédominant.
« J’essaie d’aborder le thème de la guerre autant que possible », explique-t-il. « En étudiant une œuvre comme La maison aux esprits d’Isabel Allende, qui traite des troubles civils, je souhaite montrer aux élèves le caractère universel de telles tragédies, pour qu’ils puissent mieux comprendre leur origine et leur évolution. C'est ce que la littérature a de si beau : elle peut vous permettre de mieux comprendre un sujet. »
Durant le premier semestre 2008, l’activité sur le thème central de la communauté de l’IB sera foisonnante. De nombreux ateliers et conférences seront consacrés à « Notre humanité : une réalité partagée » et les établissements scolaires recevront des conseils sur la façon d’intégrer ce thème dans tous les programmes. Une plateforme Web sera également créée pour présenter le travail des enseignants, des élèves et des établissements scolaires, et ce, afin d’encourager le partage et l’échange de connaissances, et de favoriser la mise en place de collaborations.
Des enseignants comme M. Lokuge apprécient vivement ce thème. Dans un établissement où il tient lieu à la fois de figure paternelle et d’enseignant, il a le sentiment qu’il s’agit de l’un des thèmes les plus importants à enseigner. « Le thème “Notre humanité : une réalité partagée” est l’un des éléments fondamentaux du programme de l'IB », estime-t-il. « Si nous ne parvenons pas à l’aborder dans ce programme qui couvre autant de cultures, alors nous échouons dans notre mission d’enseignants. »
Faites découvrir vos activités et inspirez-vous de celles des autres.Rendez-vous sur le site communitytheme.ibo.org.
Les six thématiques : pourquoi nous devons agir maintenant
1) La pauvreté dans le monde
Toutes les trois secondes, quelqu’un meurt du fait de la pauvreté. Plus d’un milliard de personnes vivent dans une situation de pauvreté absolue, sans accès aux besoins fondamentaux, notamment la nourriture, l'eau potable, les soins médicaux, l'éducation et le logement. Les adultes les plus riches, qui représentent 1 % des adultes du monde, possèdent 40 % des richesses de la planète tandis que les plus pauvres, qui représentent 50 % des adultes du monde, en détiennent à peine 1 %. Des progrès ont été accomplis pour réduire la pauvreté dans le monde, mais la tâche s’alourdit car la population mondiale ne cesse d’augmenter.
2) La paix et les conflits
Plus de 90 % des conflits constatés depuis 1945 ont eu lieu dans des pays en voie de développement. Un Africain sur cinq est touché par la guerre. En 2006, il y a eu plus de 24 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays dans le monde, et ce chiffre augmente. Les conflits internes sont plus probables dans les pays à faible revenu et à faible niveau d’instruction.
3) L’éducation pour tous
Dans le monde, 72 millions d’enfants n’ont pas la possibilité d’aller à l’école. Un adulte sur cinq (une femme sur quatre) ne possède pas les capacités de lecture et d’écriture de base. D’après les recherches menées, un pays est condamné à un faible rendement économique tant que son niveau d’instruction moyen n’atteint pas six ans.
4) Les maladies infectieuses dans le monde
Les maladies infectieuses sont responsables du nombre de décès le plus important dans le monde. Les plus grandes menaces – le sida, la tuberculose et le paludisme – tuent environ six millions de personnes par an. Les pays les plus touchés n’ont pas les moyens de lutter contre ces maladies sans aide extérieure.
5) La fracture numérique et les inégalités dans l’accès aux technologies de l’information et de la communication
Les ordinateurs et Internet permettent d’accéder à l’éducation et aux marchés mondiaux. La diffusion des nouvelles technologies reste concentrée dans les pays les plus développés. Aujourd’hui encore, on compte près de 30 pays où moins d’1 % de la population a accès à Internet.
6) Les catastrophes naturelles et les situations d’urgence
En raison de l’activité humaine, et notamment de la déforestation et de la construction de barrages, de nombreux écosystèmes ne jouent plus leur rôle naturel dans la régulation des effets dus à des conditions météorologiques exceptionnelles. Près de la moitié de la population mondiale vit désormais en ville. Plus les zones urbaines se multiplient, plus les victimes des catastrophes telles que les séismes sont nombreuses.
